
Quand je dis qu’il est difficile d’expliquer le rôle d’une Doula.. on y est. En plein dedans!
Me voilà partie pour un RDV auprès d’un jeune couple qui accueillera prochainement son premier enfant. Ils voulaient qu’on parle du mois d’Or: les besoins du nouveau-né, ceux de la nouvelle-née, la mère, ce qui faisait sens pour eux, ce qu’ils aimeraient mettre en place pour favoriser le bien être de chacun et de la triade..
Et la conversation a naturellement dévié. En douceur, sans malaise. Finalement, un questionnement sous-jacent chez chacun d’eux, qu’ils n’avaient pas osé aborder encore ensemble: la Sexualité après l’arrivée de leur petite.
- Et si?
- Si Quoi?
- Si je suis si focus, si fatiguée, si centrée sur ma petite, sur moi, que reprendre une sexualité était la dernière de mes envies? Si je n’aimais plus mon corps, plus suffisamment pour le montrer, pour lui offrir du plaisir, pour me donner pleinement et sans retenue?
Le regard de son partenaire était intense. Un peu dans le vague, je pense qu’il intégrait doucement les doutes et craintes que sa douce venait de formuler. Sa première réaction s’est voulue naturellement rassurante. Il promettait d’être à l’écoute, patient, respectueux, et vouloir lui aussi se consacrer à se “devenir père, découvrir son bébé”.
Mon rôle de Doula est de les faire creuser, néanmoins. Les peurs de cette future maman ont besoin de plus qu’une phrase rassurante, même remplie d’amour et de sincérité. Et la sérénité de ce futur père a également besoin d’être explorée. Parce qu’il y a un monde entre l’excitation d’accueillir son bébé, cette certitude de vivre l’absence de sexualité (et pour combien de temps?) sans frustration, et la réalité du post-partum.
On a ouvert, sans tabou la question:
C’est quoi, pour vous, Faire l’amour à l’autre, avec l’autre ? Où commence la sexualité? Quels besoins nourrissez vous à travers l’acte sexuel?
C’était fou. Beau. Tant les réponses que les silences qu’ils s’échangeaient. Ils ont ouvert une porte essentielle à l’équilibre des semaines et mois à venir. C’est si précieux que le couple “amant” trouve ses propres clés de fonctionnement. Que les besoins, peurs, envies de chacun aient pu s’exprimer, être accueillis, désamorcés.
- J’ai peur de ne plus être désirable, désirée. J’ai peur de me noyer dans mon rôle de mère et d’oublier de nourrir aussi ma sphère intime, sensuelle. Et en même temps, ma priorité sera mon bébé et dormir!
- J’ai peur de ne pas trouver ma place. C’est con .. Peur qu’elle n’ait plus besoin de sexe, plus envie. On est très complices, très tactiles.. ça pourrait peut-être vite me manquer.
Puis, ils ont échangé sur leurs besoins, ce qu’ils aimaient tant dans leur quotidien actuel et qu’ils avaient peur de perdre:
J’ai besoin de sentir tes mains douces sur moi. Que tu me vois, me soutiennes, m’écoutes. Que tu continues de me serrer dans tes bras. Que tu te couches près de moi, que tu te blottisses, que ta respiration se cale sur la mienne.
J’ai besoin de tes regards profonds au fond de mes yeux, pour me signifier que tu es ma partenaire, celle qui est là, toujours, ça me rassure. J’aime quand tu viens m’embrasser, si intensément, que je ressens toute ta vulnérabilité, ta puissance et ta douceur. Tout cela dans un baiser.
J’aime notre complicité, celle d’un regard, d’un sourire, une main qui se pose avec une légère pression sur mon bras.. juste parce que c’est toi, c’est nous. Juste parce que cela ne changera pas, jamais.
Où commence la sexualité? Comment signifier à l’autre qu’on le voit, qu’il compte, qu’on l’aime immensément? L’acte avec pénétration est si réducteur d’une sexualité consciente, aimante, vraie, sincère et complice.
Ils étaient beaux, sereins, souriants et complices après nos échanges. Ils ont écouté les besoins et peurs de l’autre. Ils se sont entendus sur ce qui définissait leur sexualité, ce qu’elle venait nourrir chez eux et dans leur couple. Ils ont chacun dans un coin dans leur tête ces petits gestes du quotidien si importants pour rassurer l’autre, pour maintenir cette certitude de “je suis là, près de toi, et j’aime tant ta présence en retour”. Soutenir leur intimité, leur sexualité, qui prend naissance bien avant un “simple” acte sexuel avec pénétration. Un fil invisible qui leur est propre et qui leur permettra de dire par le toucher, le regard, la présence, le sourire, les paroles, Ô combien ils s’aiment, se désirent.
Puis quitte à bousculer un peu, nous avons parlé du “devoir conjugal” Has Been comme Jaja, du consentement, de la douleur qui ne doit jamais devenir une normalité, de la responsabilité qu’on avait chacun envers soi-même, son désir, ses besoins. Que la masturbation et les Sextoys c’est pas que pour les autres, que ça peut aussi être une façon de retrouver et revisiter son corps. Lui donner du plaisir sans en faire porter la responsabilité à son partenaire.
La graine est semée. La porte est ouverte. Ils sauront se saisir à nouveau de tout cela si leur Sexualité devait devenir une crispation après l’arrivée de leur petite merveille.
Ils savent qu’un temps sera nécessaire pour ré-apprivoiser la sexualité après cette immense ouverture du corps maternel ayant donné la vie, après le tsunami familial des premières semaines.
Ils savent que se retrouver soi est souvent un pré requis avant de retrouver l’autre. Que permettre cela à son partenaire est une signe de respect et d’écoute.
Ils savent que possiblement le désir, les ressentis, le rythme sexuel seront différents, mais que cela n’est ni un problème ni un sujet tabou.
Ils savent que le langage de l’amour et de l’intimité n’est pas qu’affaire de plaisir charnel.
Et ils savent qu’une sexualité lente, consciente, délicate, sensuelle, débordante d’écoute, d’attention, de petits gestes précieux et de regards vrais, où la vitesse est délaissée pour la pleine présence à l’autre et à ses sens, bien loin de tout objectif de durée et de performance, est un voyage merveilleux qui nourrit un désir bien plus vaste que le désir ardent de la chair.
Le sexe sans tabou, c’est aussi de ça dont on parle avec sa Doula!
