Une grossesse & de la Tristesse
Les larmes retenues d’une “fausse couche”
Qu’on se le dise, je déteste le terme “fausse couche”.
Fausse de quoi???
En rien – Tout était bel et bien réel. Dans ton corps, dans ton esprit, dans ton cœur.
Tout est encore d’ailleurs très réel. Palpable. Audible.
Je le ressens dans ta gestuelle. Je l’entends, même dans les mots que tu retiens. Surtout dans les mots que tu retiens. Parce que je saisis que ta gorge se serre, que tu retiens tes larmes.
Surement parce que c’est notre première rencontre.
Surement aussi parce que tu t’es mis en tête que, “c’est derrière maintenant, que ça devait être ainsi, que c’était aussi son choix à ce petit être de ne pas resté là.”
Surement parce que tu t’interdis la tristesse. Toi qui a cette chance d’accueillir aujourd’hui, sous la peau rebondie de ton ventre, une petite vie.
Pourtant, cette “fausse couche” c’est la première chose dont tu me parles après les quelques banalités échangées pour briser la glace et te sentir à l’aise auprès de moi.
Je te propose le terme “grossesse arrêtée précocement”.
Parce que oui, il y a eu grossesse. 9 semaines de vie.
Je te propose ces mots et, dans la pénombre de la pièce où je te masserai dans quelques instants, je vois tes larmes qui noient tes yeux.
Tu me regardes intensément. Tu retiens ton souffle. Comme si alors l’eau dans tes yeux pourrait se tarir.
Je reste là. Juste là. Silencieuse mais pleinement présente.
Et tu lâches.
Tu fermes tes yeux, tu expires profondément et tout ton corps se relâche.
Tes épaules, ta mâchoire, ton dos.
Les bienfaits du massage prénatal commencent ici pour toi
Oui. Cet abandon, ce relâchement est le premier bienfait de ce temps que tu t’accordes.
Avant même que mes mains n’aient commencé à te masser.
Tout démarre par l’espace que tu donnes à tes émotions, à ton histoire. A ce que tu as enfoui parce que… la famille, les amis, toi… tout le monde, avec bienveillance, t’a insufflé la force de te relever, d’avancer, d’accepter.. Mais était ce vraiment ce dont tu avais besoin? A cet instant précis, tu comprends que taire ton chagrin n’a pour autant pas atténué tes ressentis. Ils sont encore là, à vif.
Tu murmures que tu culpabilises de t’abandonner à ta tristesse. Tu as peur que le bébé que tu portes ne la ressente. Alors que tu es profondément heureuse qu’il soit là, que pas une seconde tu ne voudrais changer le cours des choses, que tu l’aimes infiniment déjà et que tu l’attends avec impatience.
Est-ce que la douleur d’avoir dû dire aurevoir à ton bébé de 9 semaines in-utéro est incompatible avec l’amour que tu portes à ce petit être qui grandit en toi?
Tristesse et Joie ne peuvent-elles pas cohabiter?
Faut-il cacher notre histoire, nos émotions, nos cheminements à nos enfants?
Pouvons nous trouver les mots justes et adaptés pour leur dire ce qui nous traverse?
Tu me souris. Tes larmes coulent toujours mais elles ont une autre couleur.
“C’est vrai. Toutes les émotions sont justes à vivre. Je le sais. Et c’est vraiment ce que je veux transmettre à mon enfant plus tard. Qu’il sache qu’il peut être triste, en colère, jaloux, pas d’accord et frustré.. et que je serai là pour l’écouter, l’accueillir. Je sais pourtant que ça n’a pas de sens de retenir les choses, c’est comme une bombe à retardement”
“Alors, peut être peux tu trouver la même douceur et la même profondeur d’amour pour toi. Sans jugement, sans tabou, sans peur, laisser vivre tes émotions, parler de cette grossesse qui s’est arrêtée. Qu’en penses-tu?”
Tu hoches la tête, ta respiration se fait ample.
Tu regardes fixement un point au loin.
Je crois qu’une porte s’est ouverte en toi.
“Merci Elodie, je vais écrire à ce premier bébé que je ne connaitrai jamais ailleurs que dans les souvenirs de mon corps”
Ton corps est prêt à recevoir le massage
Maintenant que ton mental à lâcher cette injonction au bonheur de la femme enceinte,
Maintenant que ton cœur s’est autorisé à dire,
Ton corps va pouvoir recevoir.
S’ouvrir au lâcher prise à son tour.
Parce que je le sais. Masser un corps tendu, qui renferme émotions, tabous, souvenirs refreinés, cela ne sert à rien. Le corps porte une armure qui ne laissera pas mes mains lui apporter douceur et réconfort. Le corps porte une armure qui ne laissera pas s’échapper les tensions.
Il est essentiel pour moi de t’offrir cet espace d’écoute sécure, intime et vrai avant de commencer le massage. C’est même plus qu’essentiel, c’est une façon juste de travailler avec et pour toi si je veux que tu repartes avec tous les bienfaits de ce soin.
“Et maintenant, de quoi as-tu besoin? Si je pouvais mettre une émotion dans mes mains afin d’en imprégner chaque partie de ton corps, qu’elle serait-elle?”
“J’ai besoin d’apaisement”
S’en suit une danse d’apaisement de mes mains sur ton corps portant la vie,
Un bercement d’apaisement au niveau de ton ventre rebondi.
Le bébé que tu portes vient rejoindre mes mouvements, lui aussi se gorge de cet apaisement.
Il ne s’agira jamais d’un simple massage détente.
Il sera toujours question de douceur, d’enveloppement, de maternage, d’écoute.
Un moment suspendu pour ton corps, ton cœur et ton esprit.
Parce que ce sont bien les 3 qui œuvrent à créer la vie
Merci C. d’avoir osé ouvrir la porte de ton cœur.
Le monde a besoin de coeurs qui vivent en dehors
